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La naissance d'Hercule, ou L'Amphytrion , représenté par les machines du Théâtre royal

Par Rotrou, Jean de (1609-1650)

Format : 15x22 cm - 126 pages

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La naissance d'Hercule, ou L'Amphytrion , représenté par les machines du Théâtre royal
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Biographie

Rotrou, Jean de, poëte et auteur dramatique français, né à Dreux le 21 août 1609, mort le 28 juin 1650. Il appartenait par su famille, une des plus anciennes du pays, à la noblesse de robe ; ses goûts le portèrent à travailler, tout jeune encore, pour le théâtre, et il donna sa première pièce, l’Hypocondriaque ou le Mort amoureux, jouée en 1628, un an seulement avant les débuts de Pierre Corneille ; Rotrou avait alors dix-neuf ans, et, deux ans plus tard, il avait déjà donné une trentaine de pièces aux comédiens. En ce temps-là, qui est celui de l’enfance de l’art dramatique français, les comédiens ne demandaient qu’à pouvoir renouveler promptement l’annonce de leur spectacl...

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Biographie

Rotrou, Jean de, poëte et auteur dramatique français, né à Dreux le 21 août 1609, mort le 28 juin 1650. Il appartenait par su famille, une des plus anciennes du pays, à la noblesse de robe ; ses goûts le portèrent à travailler, tout jeune encore, pour le théâtre, et il donna sa première pièce, l’Hypocondriaque ou le Mort amoureux, jouée en 1628, un an seulement avant les débuts de Pierre Corneille ; Rotrou avait alors dix-neuf ans, et, deux ans plus tard, il avait déjà donné une trentaine de pièces aux comédiens. En ce temps-là, qui est celui de l’enfance de l’art dramatique français, les comédiens ne demandaient qu’à pouvoir renouveler promptement l’annonce de leur spectacle ; c’est pour cela que l’inépuisable Hardy leur allait si bien ; attaché à une troupe nomade, il la suivait en qualité de poëte ordinaire et fournissait six pièces par mois à ses compagnons d’aventures. Rotrou prit-il d’abord un pareil engagement ? C’est assez probable. Chapelain, à qui le comte de Fiesque venait de présenter le jeune poète en 1632, écrivait à M. Godeau, leur ami commun : « Quel dommage qu’un garçon de si beau naturel ait pris une servitude si honteuse I » La servitude à laquelle Chapelain faisait allusion est clairement expliquée par Gaillard dans sa burlesque Monomachie :

Corneille est excellent, mais il vend ses ouvrages ; Rotrou fait bien les vers, mais il est poëte à gages.

Il est donc vraisemblable qu’au début de sa carrière Rotrou s’associa, comme Alexandre Hardy, à une troupe de comédiens pour lui fournir de ces ébauches improvisées dont Mlle Beaupré disait plus tard : « Nous avions ci-devant des pièces de théâtre pour 3 écus, que l’on nous faisait en une nuit. On y était accoutumé et nous y gagnions beaucoup. » Cela donnerait l’explication de ces vingt-neuf comédies inconnues qui précédèrent l’apparition de Cléagénor et Doristhée (1630). Cette tragi-comédie a déjà plus de valeur que son premier ouvrage connu, l’Hypocondriaque, quoique ce ne soit guère qu’une suite de dialogues et de scènes épisodiques formant à peine une action. Mais ces dialogues ont une grâce et un tour délicat qui se présentaient pour la première fois au public. Levers est souple, harmonieux, la rime riche, la langue nette, élégante et naturelle.
A peine s’est-il produit comme un auteur qui va prendre le premier rang, à peine a-t-il donné la Bague de l’oubli, pièce amusante et d’une supérieure distinction, très-applaudie à l’hôtel de Bourgogne, que voici venir un poëte nouveau dont le coup d’essai n’est pas encore le Cid, mais Mélile, un autre esprit charmant qui badine et cajole avec tout l’agrément de la cour, avec de merveilleuses ressources d’enjouement et de finesse, un maître enfin. Ils s’étaient connus chez le cardinal de Richelieu, avec Bois-Robert, Colletet et l’Estoile, et collaboraient ensemble avec l’illustre cardinal. Corneille était alors, sans contredit, le moins connu de ce groupe littéraire. « Il n’avait trouvé, dit Voltaire, d’amitié, et d’estime que dans Rotrou, qui sentait son mérite ; les autres n’en avaient point assez pour lui rendre justice. » Rien ne dit cependant que Rotrou n’ait pas été contrarié de sa venue ; mais, s’il sentit d’abord quelque secrète jalousie, sa générosité la condamna bien vite, et il trouva le sûr moyen de ne pas envier son rival : ce fut de l’aimer. Désormais le terrible « moi ! » de Médée pouvait retentir sur la scène ; Rodrigue pouvait défier le comte et jeter ce cri du jeune siècle, avec lequel le duc d’Enghien chargera les vieilles bandes espagnoles à Rocroi :

Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes biens nées
La valeur n’attend pas le nombre des années.

Rotrou s’était mis hors d’atteinte en faisant sienne la gloire de son ami. Au lieu de perdre le premier rang, il le donnait lui-même, et Corneille, par une admirable modestie, refusait de le prendre. L’auteur d’Horace et du Menteur se plut toujours à s’incliner devant Rotrou comme devant un maître. Un maître, Rotrou en était toujours un. En même temps que Corneille donnait le Cid, il faisait représenter les Deux Sosies, où Molière a fait de larges emprunts pour son Amphitryon ; le monologue de Junon, qui sert de prologue aux Deux Sosies, est un des morceaux les plus éloquents, les plus, passionnés de notre vieux théâtre. Entre le Cid et Horace, il donnait Antigone, dont Racine, si sobre de louanges d’habitude, a écrit qu’elle « était remplie de quantité de beaux endroits, » comptant sans doute parmi ces beaux endroits les deux récits entiers qu’il avait d’abord fait entrer dans sa Thébaïde. L’année de Polyeucte, Rotrou produisait Iphigénie en Aulide, qui était digne de servir encore à Racine, mais qui n’eut pas cet honneur et ne servit qu’à Leclerc, escorté de son ami Coras, sans pouvoir les préserver d’un immortel ridicule. L’année de Théodore, il donnait la Sœur, que Molière, déjà comédien, joua en province et qu’il reprit au Palais-Royal, qu’il représenta même au Louvre, après la mort de Rotrou ; il avait si bien étudié le style, l’exposition, l’invention et le détail de cette pièce, qu’il l’a fait passer presque tout entière dans l’Etourdi, les Fourberies de Scapin et le Bourgeois gentilhomme. Jusqu’ici, les relations de Molière et de Rotrou avaient échappé à l’attention de la critique ; mais M. Ed. Fournier a découvert, imprimé eu tête de l’Hercule mourant, le quatrain suivant adressé par Madeleine Béjard à M. de Rotrou sur le succès de sa pièce :

Ton Hercule mourant va te rendre immortel ;
Au ciel comme en la terre, il publira ta gloire,
Et, laissant ici-bas un temple à ta mémoire,
Son bûcher servira pour te Taire un autel.

Ainsi, en 1636 (c’est la date du volume), Madeleine Béjard était déjà liée avec Rotrou, dont elle avait probablement joué quelque rôle, et l’on sait que le jeune Poquelin quitta vers cette époque la maison paternelle poursuivre Madeleine ; il n’est donc pas invraisemblable, comme on l’a prétendu, qu’il ait joué la Sœur ; toutes les probabilités, au contraire, sont pour cette conjecture.
Tandis que Corneille s’efforçait de retrouver l’art ancien pour créer un art nouveau et s’emparer de l’avenir, Rotrou se défendait de le suivre dans cette voie. Il avait ses liens avec le passé. Mème quand il traduit Euripide, Sophocle, Sénèque et Plante, sa plume, qui va d’elle-même, retourne au romanesque où elle se plaît, aux personnages de fantaisie, à l’intrigue familière, Ingénieuse et prévue. La maturité était venue ; il s’était marié et avait obtenu, dans sa ville natale, d’honorables fonctions qu’il remplit sérieusement. Il fut lieutenant particulier au bailliage de Dreux, assesseur criminel et commissaire examinateur au comté. Il y siégea tel qu’un statuaire, un penseur, l’a si bien représenté dans le buste actuellement placé au foyer de la Comédie-Française : poëte en robe noire ; juge avec cette belle tête fine, élégante, inspirée, dont Caffieri a fixé le modèle et qui est devenue l’image authentique de Rotrou, parce qu’elle est le portrait du génie. C’est à cette époque qu’il écrivit Saint Genest, dont la mise en scène, originale et savante, a à peine été surpassée, et qu’il mit sur la scène Venceslas, le père obligé de juger son fils coupable et qui abdique, ne pouvant se réduire a le condamner ni à l’absoudre.
On « lui a reproché, il est vrai, de n’avoir su faire des vers faciles difficilement, » selon le précepte de maître Despréaux ; précepte que le jeune Racine sut si bien mettre en pratique ; on lui a reproché aussi d’avoir été joueur comme les cartes et de s’être trop adonné au plaisir. Mais tout cela n’empêche pas son labeur d’avoir été considérable. Doué d’une facilité vraiment merveilleuse, en une vingtaine d’années il ne composa pas moins de trente-cinq tragédies, tragi-comédies ou comédies, toutes en cinq actes et en vers. La plupart sans doute ne sont point des chefs-d’œuvre, mais quelques-unes, comme Venceslas ou Saint Genest, ont mérité de prendre rang à côté des pièces du grand Corneille, et, bien qu’il n’ait point gardé un renom égal à celui de son émule, c est à lui que l’on rapporte à bon droit l’honneur d’avoir fondé la scène française. Ce qui le fit dédaigner dès que Racine parut, c est qu’il s’était toujours affranchi des règles de l’école, qu’il avait souvent déserté le genre grec pour se faire espagnol ; mais il était assez riche d’imagination et de style pour être lui à ses heures, au gré de son génie ou de son caprice, voire même en prenant modèle sur Lope de Vega et Calderon. Il estimait que ce n’était point dégrader la tragédie que de prêter des sentiments humains à ses personnages et de faire mouvoir ceux-ci ailleurs que sur les bords du Tibre ou de l’Euphrate. C’est pourquoi, de l’avis même de Voltaire, Rotrou fut véritablement le fondateur du théâtre français. On peut aussi le considérer comme le précurseur de l’école romantique. Il est tel passage de Saint Genest qui, par l’originalité du coloris et l’audace de l’image, dépasse la langue même de Corneille et vient se rattacher aux plus heureuses hardiesses de notre époque. Quelques-uns de ses vers ont une allure toute moderne.
Sa fin fut digne de sa vie ; Rotrou mourut victime de ses devoirs de magistrat. Dans les derniers jours de juin 1650, il se trouvait à Paris lorsqu’il apprit qu’une maladie épidémique sévissait à Dreux ; il y retourna aussitôt. Son père lui écrivit pour le conjurer de quitter ce foyer d’infection ; il lui répondit que son devoir était de rester là où était le danger. Voici sa lettre, digne d’être conservée : « Le salut de mes concitoyens m’est confié ; j’en réponds à ma patrie. Je ne trahirai ni l’honneur ni ma conscience. Ce n’est pas que le péril où je me trouve ne soit fort grand, puisque au moment où je vous écris on sonne pour la vingt-deuxième personne qui est morte aujourd’hui. Ce sera pour moi quand il plaira à Dieu… » Il fut emporté par le fléau peu de jours après.
L’Académie française, en 1810, avait donné la Mort de Rotrou pour sujet du concours de poésie ; ce fut le doux et élégiaque Millevoye qui remporta le prix. En 1867, une statue en bronze a été élevée à Rotrou puisa ville natale. Le statuaire, M. Allasseur, a été bien inspiré en plaçant la lettre que nous venons de citer dans les mains de ce poëte qui fut en même temps un digne citoyen.
Voici la liste chronologique des pièces de Rotrou : l’Hypocondriaque ou le Mort amoureux, tragi-comédie (1628 ; imprimée en 1631, in-4°) ; la, Bague de l’oubli, comédie (1628 ; imprimée en 1633, in-4°) ; Cléàgenor et Doristhée, tragi-comédie (1630 ; imprimée d’abord à l’insu de l’auteur, et en 1635 seulement de son consentement) ; Diane, comédie (1630 ; imprimée en 1635, in-4°) ; les Occasions perdues, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1636, in-4°) ; l’Heureuse constance, tragi-comédie (1631 ; imprimée en 1636, in-4°) ; les Ménechmes, comédie (1632 ; imprimée en 1636, in-4°) ; Hercule mourant, tragédie (1632 ; imprimée en 1636, in-4°) la Célimène, comédie (1633 ; impr en 1637, in-4° ; 1661, in-12 ; retouchée par Tristan et imprimée sous le titre d’Amaryllis, 1653, in-4°) ; l’Heureux naufrage, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1638, in-4°) ; Céliane, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1637, in-4°) ; la Belle Alphrède, comédie (1634 ; imprimée en 1639, in-4°) ; la Pèlerine amoureuse, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1638, in-4°) ; Filandre, comédie (1635 ; imprimée en 1637, in-4°) ; Agésilaus de Colchos, tragi-comédie (1635 ; imprimée en 1637, in-4°) ; l’Innocente infidélité, tragi-comédie (1635 ; imprimée en 1637, in-4°) ; Clorinde, comédie (1636 ; imprimée en 1637, in-4°) ; Amélie, tragi-comédie (1637 ; Imprimée en 1638, in-4°) ; les Sosies, comédie (1636 ; imprimée en 1638, in-4°) ; les Deux pucelles, tragi-comédie (1636 ; imprimée en 1639, in-4° ; 1653, in-12) ; Laure persécutée, tragi-comédie (1637 ; imprimée en 1639, in-4° ; 1646, in-12) ; Antigone, tragédie (1638 ; imprimée en 1639, in-4° et in-12) ; lea Captifs ou les Esclaves, comédie (1638 ; imprimée en 1640, in-8°) ; Grisante, tragédie (1639 ; imprimée en 1640, in-4°) ; Iphigénie en Aulide, tragi-comédie (1640 ; imprimée en 1641, in-4°) ; Clarice ou l’Amour constant, comédie (1641 ; imprimée en 1643, in-4°) ; Bélisaire, tragi-comédie (1643 ; imprimée en 1644) ; Célie ou le Vice-roi de Naples, tragi-comédie (1645 ; imprimée en 1646, in-4°) ; la Sœur, comédie (1645 ; imprimée en 1647, in-4°, et. sous le titre de la Sœur généreuse, 1647, in-12) ; le Véritable Saint Genest, comédien païen, tragédie (1646 ; imprimée en 1648, in-4° et in-12) ; Don Bernard de Gabrère, tragi-comédie (1647 ; imprimée la même année, in-4° et in-12) ; Venceslas, tragédie (1647 ; imprimée la même année, in-4° ; retouchée en 1769 par Marmontel) ; Cosroës, tragédie (1649 ! imprimée la même année, in-8° ; retouchée par d’Ussé [1705, in-12]) ; Florimonde, comédie (1655 ; imprimée la même année, in-4°) ; Don Lope de Cardone, tragi-comédie (1650 j imprimée en 1652, in-4°). Toutes ces pièces sont en cinq actes et en vers. On a imprimé après la mort de Rotrou : Dessein du poème de la grande pièce des machines de la naissance d’Hercule, dernier ouvrage de M. de Rotrou, représenté sur le théâtre du Marais (1650, in-4°). On lui attribue les pièces suivantes : Lisimène, la Thébaïde, Don Alvare de Lune, Florante ou le Dédain amoureux et l’Illustre amazone. Il a composé de concert avec les quatre auteurs employés ainsi que lui par Richelieu (Boisrobert, Pierre Corneille, Colletet et l’Estoile) : l’Aveugle de Smyrne, tragi-comédie (1638, in-4° ; 1639, petit in-8°), et la Comédie des Tuileries (1638, in-8°). Le libraire Deroër (Th.) a donné une édition des Œuvres de Rotrou (1820, 5 vol. in-8°). M. Viollet-le-Duc le père a mis en tête de chaque pièce une Notice littéraire et historique, mais il a supprimé les arguments de l’auteur et les épîtres dédicatoires qui, pour être ridicules, n’appartenaient pas moins à Rotrou et font partie de ses œuvres.


Informations sur l'ouvrage

Nom La naissance d'Hercule, ou L'Amphytrion , représenté par les machines du Théâtre royal
Auteur Rotrou, Jean de (1609-1650)
Biographie Rotrou, Jean de, poëte et auteur dramatique français, né à Dreux le 21 août 1609, mort le 28 juin 1650. Il appartenait par su famille, une des plus anciennes du pays, à la noblesse de robe ; ses goûts le portèrent à travailler, tout jeune encore, pour le théâtre, et il donna sa première pièce, l’Hypocondriaque ou le Mort amoureux, jouée en 1628, un an seulement avant les débuts de Pierre Corneille ; Rotrou avait alors dix-neuf ans, et, deux ans plus tard, il avait déjà donné une trentaine de pièces aux comédiens. En ce temps-là, qui est celui de l’enfance de l’art dramatique français, les comédiens ne demandaient qu’à pouvoir renouveler promptement l’annonce de leur spectacle ; c’est pour cela que l’inépuisable Hardy leur allait si bien ; attaché à une troupe nomade, il la suivait en qualité de poëte ordinaire et fournissait six pièces par mois à ses compagnons d’aventures. Rotrou prit-il d’abord un pareil engagement ? C’est assez probable. Chapelain, à qui le comte de Fiesque venait de présenter le jeune poète en 1632, écrivait à M. Godeau, leur ami commun : « Quel dommage qu’un garçon de si beau naturel ait pris une servitude si honteuse I » La servitude à laquelle Chapelain faisait allusion est clairement expliquée par Gaillard dans sa burlesque Monomachie : Corneille est excellent, mais il vend ses ouvrages ; Rotrou fait bien les vers, mais il est poëte à gages. Il est donc vraisemblable qu’au début de sa carrière Rotrou s’associa, comme Alexandre Hardy, à une troupe de comédiens pour lui fournir de ces ébauches improvisées dont Mlle Beaupré disait plus tard : « Nous avions ci-devant des pièces de théâtre pour 3 écus, que l’on nous faisait en une nuit. On y était accoutumé et nous y gagnions beaucoup. » Cela donnerait l’explication de ces vingt-neuf comédies inconnues qui précédèrent l’apparition de Cléagénor et Doristhée (1630). Cette tragi-comédie a déjà plus de valeur que son premier ouvrage connu, l’Hypocondriaque, quoique ce ne soit guère qu’une suite de dialogues et de scènes épisodiques formant à peine une action. Mais ces dialogues ont une grâce et un tour délicat qui se présentaient pour la première fois au public. Levers est souple, harmonieux, la rime riche, la langue nette, élégante et naturelle. A peine s’est-il produit comme un auteur qui va prendre le premier rang, à peine a-t-il donné la Bague de l’oubli, pièce amusante et d’une supérieure distinction, très-applaudie à l’hôtel de Bourgogne, que voici venir un poëte nouveau dont le coup d’essai n’est pas encore le Cid, mais Mélile, un autre esprit charmant qui badine et cajole avec tout l’agrément de la cour, avec de merveilleuses ressources d’enjouement et de finesse, un maître enfin. Ils s’étaient connus chez le cardinal de Richelieu, avec Bois-Robert, Colletet et l’Estoile, et collaboraient ensemble avec l’illustre cardinal. Corneille était alors, sans contredit, le moins connu de ce groupe littéraire. « Il n’avait trouvé, dit Voltaire, d’amitié, et d’estime que dans Rotrou, qui sentait son mérite ; les autres n’en avaient point assez pour lui rendre justice. » Rien ne dit cependant que Rotrou n’ait pas été contrarié de sa venue ; mais, s’il sentit d’abord quelque secrète jalousie, sa générosité la condamna bien vite, et il trouva le sûr moyen de ne pas envier son rival : ce fut de l’aimer. Désormais le terrible « moi ! » de Médée pouvait retentir sur la scène ; Rodrigue pouvait défier le comte et jeter ce cri du jeune siècle, avec lequel le duc d’Enghien chargera les vieilles bandes espagnoles à Rocroi : Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes biens nées La valeur n’attend pas le nombre des années. Rotrou s’était mis hors d’atteinte en faisant sienne la gloire de son ami. Au lieu de perdre le premier rang, il le donnait lui-même, et Corneille, par une admirable modestie, refusait de le prendre. L’auteur d’Horace et du Menteur se plut toujours à s’incliner devant Rotrou comme devant un maître. Un maître, Rotrou en était toujours un. En même temps que Corneille donnait le Cid, il faisait représenter les Deux Sosies, où Molière a fait de larges emprunts pour son Amphitryon ; le monologue de Junon, qui sert de prologue aux Deux Sosies, est un des morceaux les plus éloquents, les plus, passionnés de notre vieux théâtre. Entre le Cid et Horace, il donnait Antigone, dont Racine, si sobre de louanges d’habitude, a écrit qu’elle « était remplie de quantité de beaux endroits, » comptant sans doute parmi ces beaux endroits les deux récits entiers qu’il avait d’abord fait entrer dans sa Thébaïde. L’année de Polyeucte, Rotrou produisait Iphigénie en Aulide, qui était digne de servir encore à Racine, mais qui n’eut pas cet honneur et ne servit qu’à Leclerc, escorté de son ami Coras, sans pouvoir les préserver d’un immortel ridicule. L’année de Théodore, il donnait la Sœur, que Molière, déjà comédien, joua en province et qu’il reprit au Palais-Royal, qu’il représenta même au Louvre, après la mort de Rotrou ; il avait si bien étudié le style, l’exposition, l’invention et le détail de cette pièce, qu’il l’a fait passer presque tout entière dans l’Etourdi, les Fourberies de Scapin et le Bourgeois gentilhomme. Jusqu’ici, les relations de Molière et de Rotrou avaient échappé à l’attention de la critique ; mais M. Ed. Fournier a découvert, imprimé eu tête de l’Hercule mourant, le quatrain suivant adressé par Madeleine Béjard à M. de Rotrou sur le succès de sa pièce : Ton Hercule mourant va te rendre immortel ; Au ciel comme en la terre, il publira ta gloire, Et, laissant ici-bas un temple à ta mémoire, Son bûcher servira pour te Taire un autel. Ainsi, en 1636 (c’est la date du volume), Madeleine Béjard était déjà liée avec Rotrou, dont elle avait probablement joué quelque rôle, et l’on sait que le jeune Poquelin quitta vers cette époque la maison paternelle poursuivre Madeleine ; il n’est donc pas invraisemblable, comme on l’a prétendu, qu’il ait joué la Sœur ; toutes les probabilités, au contraire, sont pour cette conjecture. Tandis que Corneille s’efforçait de retrouver l’art ancien pour créer un art nouveau et s’emparer de l’avenir, Rotrou se défendait de le suivre dans cette voie. Il avait ses liens avec le passé. Mème quand il traduit Euripide, Sophocle, Sénèque et Plante, sa plume, qui va d’elle-même, retourne au romanesque où elle se plaît, aux personnages de fantaisie, à l’intrigue familière, Ingénieuse et prévue. La maturité était venue ; il s’était marié et avait obtenu, dans sa ville natale, d’honorables fonctions qu’il remplit sérieusement. Il fut lieutenant particulier au bailliage de Dreux, assesseur criminel et commissaire examinateur au comté. Il y siégea tel qu’un statuaire, un penseur, l’a si bien représenté dans le buste actuellement placé au foyer de la Comédie-Française : poëte en robe noire ; juge avec cette belle tête fine, élégante, inspirée, dont Caffieri a fixé le modèle et qui est devenue l’image authentique de Rotrou, parce qu’elle est le portrait du génie. C’est à cette époque qu’il écrivit Saint Genest, dont la mise en scène, originale et savante, a à peine été surpassée, et qu’il mit sur la scène Venceslas, le père obligé de juger son fils coupable et qui abdique, ne pouvant se réduire a le condamner ni à l’absoudre. On « lui a reproché, il est vrai, de n’avoir su faire des vers faciles difficilement, » selon le précepte de maître Despréaux ; précepte que le jeune Racine sut si bien mettre en pratique ; on lui a reproché aussi d’avoir été joueur comme les cartes et de s’être trop adonné au plaisir. Mais tout cela n’empêche pas son labeur d’avoir été considérable. Doué d’une facilité vraiment merveilleuse, en une vingtaine d’années il ne composa pas moins de trente-cinq tragédies, tragi-comédies ou comédies, toutes en cinq actes et en vers. La plupart sans doute ne sont point des chefs-d’œuvre, mais quelques-unes, comme Venceslas ou Saint Genest, ont mérité de prendre rang à côté des pièces du grand Corneille, et, bien qu’il n’ait point gardé un renom égal à celui de son émule, c est à lui que l’on rapporte à bon droit l’honneur d’avoir fondé la scène française. Ce qui le fit dédaigner dès que Racine parut, c est qu’il s’était toujours affranchi des règles de l’école, qu’il avait souvent déserté le genre grec pour se faire espagnol ; mais il était assez riche d’imagination et de style pour être lui à ses heures, au gré de son génie ou de son caprice, voire même en prenant modèle sur Lope de Vega et Calderon. Il estimait que ce n’était point dégrader la tragédie que de prêter des sentiments humains à ses personnages et de faire mouvoir ceux-ci ailleurs que sur les bords du Tibre ou de l’Euphrate. C’est pourquoi, de l’avis même de Voltaire, Rotrou fut véritablement le fondateur du théâtre français. On peut aussi le considérer comme le précurseur de l’école romantique. Il est tel passage de Saint Genest qui, par l’originalité du coloris et l’audace de l’image, dépasse la langue même de Corneille et vient se rattacher aux plus heureuses hardiesses de notre époque. Quelques-uns de ses vers ont une allure toute moderne. Sa fin fut digne de sa vie ; Rotrou mourut victime de ses devoirs de magistrat. Dans les derniers jours de juin 1650, il se trouvait à Paris lorsqu’il apprit qu’une maladie épidémique sévissait à Dreux ; il y retourna aussitôt. Son père lui écrivit pour le conjurer de quitter ce foyer d’infection ; il lui répondit que son devoir était de rester là où était le danger. Voici sa lettre, digne d’être conservée : « Le salut de mes concitoyens m’est confié ; j’en réponds à ma patrie. Je ne trahirai ni l’honneur ni ma conscience. Ce n’est pas que le péril où je me trouve ne soit fort grand, puisque au moment où je vous écris on sonne pour la vingt-deuxième personne qui est morte aujourd’hui. Ce sera pour moi quand il plaira à Dieu… » Il fut emporté par le fléau peu de jours après. L’Académie française, en 1810, avait donné la Mort de Rotrou pour sujet du concours de poésie ; ce fut le doux et élégiaque Millevoye qui remporta le prix. En 1867, une statue en bronze a été élevée à Rotrou puisa ville natale. Le statuaire, M. Allasseur, a été bien inspiré en plaçant la lettre que nous venons de citer dans les mains de ce poëte qui fut en même temps un digne citoyen. Voici la liste chronologique des pièces de Rotrou : l’Hypocondriaque ou le Mort amoureux, tragi-comédie (1628 ; imprimée en 1631, in-4°) ; la, Bague de l’oubli, comédie (1628 ; imprimée en 1633, in-4°) ; Cléàgenor et Doristhée, tragi-comédie (1630 ; imprimée d’abord à l’insu de l’auteur, et en 1635 seulement de son consentement) ; Diane, comédie (1630 ; imprimée en 1635, in-4°) ; les Occasions perdues, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1636, in-4°) ; l’Heureuse constance, tragi-comédie (1631 ; imprimée en 1636, in-4°) ; les Ménechmes, comédie (1632 ; imprimée en 1636, in-4°) ; Hercule mourant, tragédie (1632 ; imprimée en 1636, in-4°) la Célimène, comédie (1633 ; impr en 1637, in-4° ; 1661, in-12 ; retouchée par Tristan et imprimée sous le titre d’Amaryllis, 1653, in-4°) ; l’Heureux naufrage, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1638, in-4°) ; Céliane, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1637, in-4°) ; la Belle Alphrède, comédie (1634 ; imprimée en 1639, in-4°) ; la Pèlerine amoureuse, tragi-comédie (1634 ; imprimée en 1638, in-4°) ; Filandre, comédie (1635 ; imprimée en 1637, in-4°) ; Agésilaus de Colchos, tragi-comédie (1635 ; imprimée en 1637, in-4°) ; l’Innocente infidélité, tragi-comédie (1635 ; imprimée en 1637, in-4°) ; Clorinde, comédie (1636 ; imprimée en 1637, in-4°) ; Amélie, tragi-comédie (1637 ; Imprimée en 1638, in-4°) ; les Sosies, comédie (1636 ; imprimée en 1638, in-4°) ; les Deux pucelles, tragi-comédie (1636 ; imprimée en 1639, in-4° ; 1653, in-12) ; Laure persécutée, tragi-comédie (1637 ; imprimée en 1639, in-4° ; 1646, in-12) ; Antigone, tragédie (1638 ; imprimée en 1639, in-4° et in-12) ; lea Captifs ou les Esclaves, comédie (1638 ; imprimée en 1640, in-8°) ; Grisante, tragédie (1639 ; imprimée en 1640, in-4°) ; Iphigénie en Aulide, tragi-comédie (1640 ; imprimée en 1641, in-4°) ; Clarice ou l’Amour constant, comédie (1641 ; imprimée en 1643, in-4°) ; Bélisaire, tragi-comédie (1643 ; imprimée en 1644) ; Célie ou le Vice-roi de Naples, tragi-comédie (1645 ; imprimée en 1646, in-4°) ; la Sœur, comédie (1645 ; imprimée en 1647, in-4°, et. sous le titre de la Sœur généreuse, 1647, in-12) ; le Véritable Saint Genest, comédien païen, tragédie (1646 ; imprimée en 1648, in-4° et in-12) ; Don Bernard de Gabrère, tragi-comédie (1647 ; imprimée la même année, in-4° et in-12) ; Venceslas, tragédie (1647 ; imprimée la même année, in-4° ; retouchée en 1769 par Marmontel) ; Cosroës, tragédie (1649 ! imprimée la même année, in-8° ; retouchée par d’Ussé [1705, in-12]) ; Florimonde, comédie (1655 ; imprimée la même année, in-4°) ; Don Lope de Cardone, tragi-comédie (1650 j imprimée en 1652, in-4°). Toutes ces pièces sont en cinq actes et en vers. On a imprimé après la mort de Rotrou : Dessein du poème de la grande pièce des machines de la naissance d’Hercule, dernier ouvrage de M. de Rotrou, représenté sur le théâtre du Marais (1650, in-4°). On lui attribue les pièces suivantes : Lisimène, la Thébaïde, Don Alvare de Lune, Florante ou le Dédain amoureux et l’Illustre amazone. Il a composé de concert avec les quatre auteurs employés ainsi que lui par Richelieu (Boisrobert, Pierre Corneille, Colletet et l’Estoile) : l’Aveugle de Smyrne, tragi-comédie (1638, in-4° ; 1639, petit in-8°), et la Comédie des Tuileries (1638, in-8°). Le libraire Deroër (Th.) a donné une édition des Œuvres de Rotrou (1820, 5 vol. in-8°). M. Viollet-le-Duc le père a mis en tête de chaque pièce une Notice littéraire et historique, mais il a supprimé les arguments de l’auteur et les épîtres dédicatoires qui, pour être ridicules, n’appartenaient pas moins à Rotrou et font partie de ses œuvres.
Date de publication 1 janv. 1650
Siècle XVII
Éditeur A. de Sommaville (Paris)
Langue Français
Source Bibliothèque nationale de France, Rés. p-Yf-40 (3)
Thème Littérature

Impression : Doc carré collé - papier bouffant 80g - couverture ivoire texturée - Noir & Blanc

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